jeudi 19 novembre 2009

Toulemonde est la France d'en bas

Odette Toulemonde. Eric-Emmanuel Schmidt. (2007)

catherinefrotodette

         Eric-Emmanuel Schmidt, deux ans après, est toujours atteint par le syndrome Raffarin et son facétieux « France d’en bas » : le bonheur chez les petites gens. Mais il est malin le Schmidt, puisqu’il situe son histoire en Belgique. Il brouille la piste, il en fait le détour, mais c’est un peu un éléphant dans une boutique de porcelaine.

     L’histoire se passe donc en Belgique. Et où en Belgique ? A Charleroi. Charleroi, la banlieusarde, la ville dormeuse. C’est le 9-3 de Bruxelles. Rien de mieux qu’une banlieue pour y déployer la vie misérable des gens heureux.
On y croise un Jésus lunaire qui marche sur l’eau, qui nettoie les pieds des habitants de l’immeuble de notre héroïne, Odette (Catherine Frot insipide qui nous joue du Catherine Frot avec ses mimiques de bonne sœur heureuse et cruche).
Les voisins d’Odette sont un couple d’échangiste. Le mari aimerait bien se taper Odette et sa femme lui demande de recoudre son string porte-bonheur.
Les collègues d’Odette se tirent dans les pattes et sont jalouses d’elle.
Le fils d’Odette est coiffeur et gay. Et sa sœur est une chieuse qui se rebelle gentiment contre la société.
Et Odette ? Odette, elle a la main sur le cœur et ne voit jamais le mal. Tout est beau avec Odette. Elle demande toujours à Jésus s’il va bien, elle conseille à une cliente des anticernes efficaces contre les cocards donnés par une porte. Magnifique dialogue où elle lui dit de changer de porte et de porter plainte contre elle, et même d’en changer ! Ah Odette ! Que ne ferait-on pas sans elle !

     Mais Odette a une botte secrète pour être si heureuse dans sa vie minable qui lui convient si bien. Odette, elle lit les livres de Balthazar Balsan (Albert Dupontel), auteur à succès de livres pour les ménagères et les femmes célibataires qui font collections de poupées et aiment les couchers de soleil sur la plage.
La vie d’Odette a changé quand elle a lu ses livres. Faut la comprendre, elle a perdu son mari, son fils est gay, sa fille est paumée, son travail ne l’épanouit pas. Bref, elle a une vie de merde. Mais avec les livres de Balsan, elle reprend goût à la vie et sourit à tout et tous ! Quand elle lit ses livres, elle lévite, si, si ! Rien que pour voir ça, il faut regarder le film ! Catherine Frot qui lévite, le nez dans un bouquin, ça vaut le coup d’œil, croyez-moi. Tout comme la voir se dandiner sur du Joséphine Baker et justifier son choix musical par un ridicule « à l’intérieur je suis noire ».

     Schmidt joue sur la différence entre la pauvre femme heureuse dans son quotidien monotone, bêbête, inculte (encore un magnifique dialogue où elle confond le prix Nobel de la paix et le prix Nobel de littérature et où elle raconte que si Mère Theresa l’a obtenu, il n’y a pas de raison que Balsan ne l’ait point) et un auteur (on pourrait croire qu’il s’agit d’une doublure de Marc Levi) dont la vie se disloque.
Tout se tient là. Balthazar devrait avoir une vie heureuse avec sa très belle femme froide, son enfant, sa belle maison et sa belle voiture, son argent, ses maîtresses. Mais voilà. Il n’est pas heureux parce qu’il a reçu une mauvaise critique de la part de l’amant de sa femme.
Ca va, vous suivez toujours ?
Vous me direz, comment les deux personnages du film peuvent donc se rencontrer, eux que tout dissocie ? Et bien c’est fort simple. Notre gentille Odette écrit une lettre pathétique de bons sentiments sous forme de déclaration d’amour à notre auteur malheureux. Et évidemment, il la lira. Et quelques jours après un suicide raté il prend la route de Paris à Charleroi pour faire une cure de bonheur auprès d’Odette. Et peut-être refaire sa vie misérable.

     S’ensuit des scènes tout aussi inconsistantes où Odette danse sur Joséphine Baker en faisant à manger (et où elle lévite, encore !), où Balsan reçoit des cours de félicité le cul dans un pyjama marsupilami.

     Alors oui on aura compris le message. Ne pas mépriser les petites gens, la France (Belgique) d’en bas, puisque de toute façon ils sont plus heureux que les autres à qui tout est censé réussir.

     Mais c’est lourd, fastidieux, les clichés se suivent et s’enfilent comme un collier de fausses perles. Aucune drôlerie. Où est donc passée la fraîcheur de Catherine Frot ? Albert Dupontel est tout aussi inefficace quoiqu’on s’habitue bien mieux à ses yeux de chiens battus, à son phrasé monocorde et ses phrases sans intérêt.
Le genre de film dont on est relativement fier d’avoir tenu jusqu’au bout.

     Une question persiste pour ma part. Suis-je donc une mauvaise personne de ne point admirer la vie d’Odette ? Serais-je alors prétentieuse ?
Sentiment dérangeant que de se faire pointer du doigt par Schmidt.
Fort heureusement, la question ne me triture pas trop les méninges et ne persistera pas bien longtemps, tout comme le film.

AnnaX.Elle

Posté par Bonbonniere à 14:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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