jeudi 3 décembre 2009

Les ailes de la différence

Ricky. François Ozon. (2008)

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    A l'époque, quand le film était sorti, je m'étais dit chouette un nouveau Ozon. Puis j'avais regardé la bande-annonce, et je m'étais dit que Ozon avait sûrement trop goûté aux drogues et que je n'irais point voir ce film. Mais je le gardais en mémoire, intriguée tout de même.
Je l'ai donc enfin regardé. Et la seule chose à laquelle je pense c'est : ouais encore un film sur la différence, rien de nouveau si ce n'est les ailes.

Parce que voilà, Ricky est un petit garçon, un bébé même. Mais il n'a rien de normal. Pourtant il a un père, une mère, qui se sont rencontrés dans les toilettes de leur entreprise, se sont aimés, se sont installés ensemble, sous l'oeil de la première fille de la mère. Ricky a donc aussi une demi-soeur, qui l'aime et le déteste à la fois. Tout semble aller vite et bien dans cette famille. Une certaine normalité tranquille.

Jusqu'à l'incompréhension dans le couple. A cause de Ricky. L'enfant a des marques dans le dos et la mère suppose que le père bat leur enfant lorsqu'elle s'absente. Alors le père s'en va et la mère se retrouve avec ses deux enfants sur le dos. Dont un qui a des marques de plus en plus voyantes et qui finissent par faire des bosses. Bosses qui éclosent en pattes de volaille. La mère se renseigne alors sur la grandeur des ailes de poulets chez son boucher. Puis prise d'une pulsion de mère bienveillante et qui n'a d'yeux que pour ses enfants, son enfant, à défaut de ne plus avoir de maris et de pères, elle compose à Ricky avec l'aide de sa fille des vêtements où les ailes peuvent s'épanouir à travers, elle achète des protections pour que le bébé batifole dans sa chambre sans se faire mal. Les ailes grandissent, se plument, sont belles.
Et jusqu'ici, tout va bien. Le bébé est protégé par une mère possessive qui croit que son fils lui porte chance.

Malheureusement, un jour, l'enfant s'envole dans un lieu public et tout se chamboule. Les gens photographient, filment, le bébé volant, grâce à leur portable, ensuite relayés par les médias. Et la mère commence à détester son enfant qui lui enlève sa tranquillité. Mais elle continue pourtant à s'acharner à le protéger, jusqu'à ce que le père revienne et la convainc de montrer l'enfant publiquement à la télévision pour avoir de l'argent.
Alors tout s'emballe, la machine médiatique, l'engouement du public, la mère si fière et si craintive à la fois, le père calculateur mais un peu benêt. Mais Ricky disparaît, s'envole dans les cieux et ne reviendra jamais.

Donc oui c'est un film sur la différence d'être, sur ce qu'est la normalité, sur la soif des autres à montrer, dire, haïr, idolâtrer, cette différence. Le sujet a été maintes et maintes fois creusé ou même effleuré, Ozon en fait presque une farce avec ce bébé ailé. Mais une farce grotesque qui met mal à l'aise. La fascination de la différence.
Puis l'amour d'une mère. Terriblement bien jouée par une Alexandra Lamy étonnante de nouveauté dans ce rôle, presque méconnaissable.

Mais au final, je ne sais trop quoi penser de cette farce cruelle qui se termine en happy end auquel je n'ai pas cru un instant.
A conseiller ? Oui peut-être, pour la curiosité de cet enfant aux yeux bleus si mignons, qui joue avec un bout de scotch comme le capitaine Haddock avec son sparadrap, qui s'épanouit dans les airs, plus heureux sans les autres. Mais par cette curiosité, nous sommes comme ces autres qui le poursuivent pour l'apercevoir. Nous sommes des vampires assoiffés de nouvelles lugubres et incroyables. Nous sommes des spectateurs indiscrets pointés du doigts par Ozon, alors oui, cela met mal à l'aise.

Posté par Bonbonniere à 15:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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