Dans la cuisine, c'est bien aussi...

samedi 27 février 2010

Méga Histoire

Pot-Bouille. Emile Zola. 1882.

 

Je me suis souvent cantonnée à ce livre magique qu’est Au Bonheur des dames

D’Emile Zola, j’en ai lu : Nana, l’Assommoir, Le Rêve…, mais toujours, sans cesse, j’en revenais à cette frêle nana qu’est Denise et qui rêve à l’amour sans vouloir être assommée de celui, féroce et violent, qu’elle dénigre pour Octave Mouret. J’y trouvais le plaisir des tenues chatoyantes de cette époque révolue. Celui aussi des rouages métalliques du magasin de luxe, des amours douloureuses qui se refusent, d’un petit monde qui bataille dans les coupons de soies, les commérages à l’heure du thé, la jalousie dans les antichambres, l’amertume aux heures maussades des échoppes lézardées, l’envie à tout, pour tout. 

Il a fallu que l’on me cite les yeux de Mouret - en tout point identiques dans Pot-Bouille - pour que je m’y intéresse. Ses yeux « couleur de vieil or, d’une douceur de velours ». Alors j’ai plongé. 

J’ai chu. J’ai chu dans une maison bourgeoise où, à chacun des quatre étages, s’entrecroisent les filles de cuisines. Sales et vulgaires, elles se crachent les unes aux autres, par leur fenêtre donnant sur cour intérieure, les vérités sur leurs maitresses aux adultères secrètes, aux maladies dolentes, au tracas matrimoniaux, aux vanités cupides. Puis dans les appartements, il y a ceux qui sont riches et heureux, ceux qui tirent sur les quatre-bouts, il y a celles qui sont veuves, il y a ceux qui ont des vies idiotes, il y a celles qui ont des relations. Zola nous amène à découvrir des pans de vie, des catégories sociales. Lire ce livre, c’est comme ouvrir une de ces encyclopédies d’histoire pour enfant où sont découpées en plan les maisons. Pareillement, chaque pièce est exposée à nos mirettes éveillées, et on regarde les décors, les papiers peints, et on s’imagine les activités des locataires. C’est une maison de ville, aux poupées réelles, à l’escalier de service pour les bonnes, et à l’escalier monumental pour les bonnes gens. 

Et dans ces escaliers, à les gravir et les descendre sans cesse, le jeune Octave Mouret, nouveau à Paris et résidant de la maison, cherche sa fortune. La fortune ne peut lui être due que des femmes. Aussi en cherche-t-il une et puisque la maison est de bonnes mœurs et qu’il ne faut point ramener ici de maîtresse, la grande ruse est de l’y trouver. Alors, il étudie ses voisines. Mais elles ne sont pas bien grasses, ou bien trop fraiches, ou bien elles n’ont point d’envie. Pourtant, même les moins belles l’attirent, le rendent tour à tour féroce de séduire leur religion, leurs appétits. Il use de charme, de ruse, de violence même. 

J’ai beau savoir déjà qui est la femme qui aura son cœur, je dévore ses caprices de coureur de jupons avec friponnerie. Le personnage, dont je connais la maturité future, m’étonne, me déplait parfois, m’embrase d’autres fois Dans ce livre, la candeur est finalement rare, les propos sexuels écrits noir sur blanc, la vérité obscène. Mais puisque j’y ai lu de la bouche d’un personnage que l’éducation est capitale et qu’il faut tenir l’enfant dans l’innocence, à cette lecture, je me sens moi-même enfant. Enfant à tout entendre de ce qui devrait m’être caché mais que je ne peux plus ignorer. Enfant, à  grandir.


Extrait :

«  Et, pendant qu’elle parlait, les membres las, il s’excitait à la regarder, il la trouvait provocante au milieu de son désordre, avec son teint de plomb, son visage tiré par la crise comme par toute une nuit d’amour. Derrière le flot noir de ses cheveux dénoués, qui coulait sur ses épaules, il croyait voir la tête pauvre et sans barbe du mari. Alors, les mains tendues, du geste brutal dont il aurait empoigné une fille, il voulut la prendre. 

- Eh bien ! Quoi donc ? dit-elle d’une voix pleine de surprise. 

A son tour, elle le regardait, les yeux si froids, la chair si calme, qu’il se sentit tout glacé et laissa retomber ses mains, avec une lenteur gauche, comprenant le ridicule de son geste. Puis, dans un dernier bâillement nerveux qu’elle étouffait, elle ajouta lentement :

- Ah ! Cher Monsieur, si vous saviez ! 

Et elle haussa les épaules, sans se fâcher, comme écrasée par le mépris et la lassitude de l’homme. 

(…)

Dans l’escalier, Octave s’arrêtait à chaque étage. Elle n’aimait donc pas ça ? Il venait de la sentir indifférente, sans désir comme sans révolte, aussi peu commode que sa patronne, madame Hédouin.  Pourquoi Campardon la disait-il hystérique ? C’était inepte, de l’avoir trompé, en lui contant cette farce ; car jamais, sans le mensonge de l’architecte, il n’aurait risqué une telle aventure. Et il restait étourdi du dénouement, troublé dans ses idées sur l’hystérie, songeant aux histoires qui couraient. Le mot de Trublot lui revint : on ne savait pas, avec ces détraquées dont les yeux luisaient comme des braises. »

 

 

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mercredi 23 décembre 2009

Le vent d'hiver

La vague de froid n’ayant pas épargné nos cuisines, notre bonbonnière s’est retrouvée gelée ces deux dernières semaines. Nous nous en excusons beaucoup mais pas de friandise vaut sans doute mieux qu’un bonbon froid au palais. Sans doute n’est-ce qu’une excuse et nous espérons que ce manque de douceur culturelle ne vous a pas trop affecté. Heureusement, Noël et ses Père Noël en chocolat, ses Mon Chéri, Cémoi, et autres papillotes et pates de fruit vont s’épanouir dans vos bouches gourmandes et vous redonneront du baume au cœur. Sur cette note sucrée, nous vous souhaitons à tous et à toutes d’excellentes fêtes de fin d’année !

Anna.X.Elle, Ezer & Val’Air

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jeudi 3 décembre 2009

Les ailes de la différence

Ricky. François Ozon. (2008)

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    A l'époque, quand le film était sorti, je m'étais dit chouette un nouveau Ozon. Puis j'avais regardé la bande-annonce, et je m'étais dit que Ozon avait sûrement trop goûté aux drogues et que je n'irais point voir ce film. Mais je le gardais en mémoire, intriguée tout de même.
Je l'ai donc enfin regardé. Et la seule chose à laquelle je pense c'est : ouais encore un film sur la différence, rien de nouveau si ce n'est les ailes.

Parce que voilà, Ricky est un petit garçon, un bébé même. Mais il n'a rien de normal. Pourtant il a un père, une mère, qui se sont rencontrés dans les toilettes de leur entreprise, se sont aimés, se sont installés ensemble, sous l'oeil de la première fille de la mère. Ricky a donc aussi une demi-soeur, qui l'aime et le déteste à la fois. Tout semble aller vite et bien dans cette famille. Une certaine normalité tranquille.

Jusqu'à l'incompréhension dans le couple. A cause de Ricky. L'enfant a des marques dans le dos et la mère suppose que le père bat leur enfant lorsqu'elle s'absente. Alors le père s'en va et la mère se retrouve avec ses deux enfants sur le dos. Dont un qui a des marques de plus en plus voyantes et qui finissent par faire des bosses. Bosses qui éclosent en pattes de volaille. La mère se renseigne alors sur la grandeur des ailes de poulets chez son boucher. Puis prise d'une pulsion de mère bienveillante et qui n'a d'yeux que pour ses enfants, son enfant, à défaut de ne plus avoir de maris et de pères, elle compose à Ricky avec l'aide de sa fille des vêtements où les ailes peuvent s'épanouir à travers, elle achète des protections pour que le bébé batifole dans sa chambre sans se faire mal. Les ailes grandissent, se plument, sont belles.
Et jusqu'ici, tout va bien. Le bébé est protégé par une mère possessive qui croit que son fils lui porte chance.

Malheureusement, un jour, l'enfant s'envole dans un lieu public et tout se chamboule. Les gens photographient, filment, le bébé volant, grâce à leur portable, ensuite relayés par les médias. Et la mère commence à détester son enfant qui lui enlève sa tranquillité. Mais elle continue pourtant à s'acharner à le protéger, jusqu'à ce que le père revienne et la convainc de montrer l'enfant publiquement à la télévision pour avoir de l'argent.
Alors tout s'emballe, la machine médiatique, l'engouement du public, la mère si fière et si craintive à la fois, le père calculateur mais un peu benêt. Mais Ricky disparaît, s'envole dans les cieux et ne reviendra jamais.

Donc oui c'est un film sur la différence d'être, sur ce qu'est la normalité, sur la soif des autres à montrer, dire, haïr, idolâtrer, cette différence. Le sujet a été maintes et maintes fois creusé ou même effleuré, Ozon en fait presque une farce avec ce bébé ailé. Mais une farce grotesque qui met mal à l'aise. La fascination de la différence.
Puis l'amour d'une mère. Terriblement bien jouée par une Alexandra Lamy étonnante de nouveauté dans ce rôle, presque méconnaissable.

Mais au final, je ne sais trop quoi penser de cette farce cruelle qui se termine en happy end auquel je n'ai pas cru un instant.
A conseiller ? Oui peut-être, pour la curiosité de cet enfant aux yeux bleus si mignons, qui joue avec un bout de scotch comme le capitaine Haddock avec son sparadrap, qui s'épanouit dans les airs, plus heureux sans les autres. Mais par cette curiosité, nous sommes comme ces autres qui le poursuivent pour l'apercevoir. Nous sommes des vampires assoiffés de nouvelles lugubres et incroyables. Nous sommes des spectateurs indiscrets pointés du doigts par Ozon, alors oui, cela met mal à l'aise.

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jeudi 26 novembre 2009

Benacquista toujours !

Malavita encore. Tonino Benacquista. 2008

      S'il y a un rayonnage que je visite à coup sûr lors de mes excursions en librairie, c'est celui des B. Mon oeil s'arrête toujours sur ce nom-ci : Benacquista. Il éveille à moi le souvenir délicieux de Saga, le premier roman que j'ai lu de cet auteur, qui m'a dévoilé le monde déjanté des sitcoms télé et certifié que si l'on n'est pas toujours maître de son destin, on peut l'être de celui des autres, par la plume et l'imaginaire. C'était là une belle leçon de vie et de réalisme. Deux incontournables de l'écriture de Benacquista. Car cet écrivain ne se contente pas d’écrire bien, il fait frétiller d’impatience dans ses polars, genre par lequel il a débuté,  il excelle dans les nouvelles, il fait rire et réfléchir dans ses romans, sur la question familiale, la culpabilité, la création littéraire. Il donne faim. Au sens strict, en nous citant à tout va des plats italiens au nom crémeux, et au sens figuré, en nous entraînant dans des aventures tour à tour, truculentes, sérieuses, anecdotiques mais authentiques, drôles.

J'étais donc affamée le jour où ma main a pioché Malavita encore. Une minute après avoir dévoré la quatrième de couverture, je retrouvais les 4 étranges héros de Malavita et me demandais dans quoi ils s’embarqueraient cette fois-ci. Ce n’était pas de la hâte, juste une espérance terrible, parce que vraiment, avec ces 4 là,  il y a de quoi s’inquiéter. Dressons sommairement un portrait des personnages tels qu’ils nous apparaissent dans le premier livre : le père, Fred, ancien mafieux repenti placé sous le programme des protections des témoins du FBI car sa tête est mise à prix par tous les capis new-yorkais et contraint de s’exiler en France. Il décide de tuer son ennui en devenant écrivain, lui l’inculte. Sa femme, Maggie, cordon bleu avant tout, cherche un sens à sa vie et le trouve dans le bénévolat. Sa fille, Belle, a prénom qui suffit à la décrire. Le fils cadet, Wayne, a une tête bien faite si bien qu’il a déjà tout appris du management et du respect par l’autorité. Pour assaisonner le tout, une chienne au nom éponyme au roman, et des G-men nostalgiques de leur continent et ne supportant pas la crème fraiche française.  

Puis voilà que  12 ans ont passé : Malavita vit encore, et cette mauvaise vie dont elle est traduction ne demande qu’à ressurgir. Belle cherche un compagnon à sa vie. Maggie a crée en ville une chaine de restauration ne proposant qu’un seul plat, mais quelle succulence que celui-ci. Wayne a une fiancée à laquelle il tait sa famille (et la réciproque) et un apprentissage à la clef. Et Fred, enfin, après avoir écrit deux volumes de ses mémoires tournés en thriller sanglant pour la publication, sèche sur le troisième et se décide à lire le premier livre de sa vie… L’histoire parait commune ? Ce n’est qu’une introduction, une mise en bouche. Un peu de douceur avant que le piquant  survienne,  vous râpe la gorge, vous chatouille le palais, vous apprivoise à l’écriture de Monsieur Benacquista.

 « _ Quand vous prononcez les mots honnête homme, on a l’impression qu’il s’agit d’une insulte. En ce qui concerne les wiseguys, ça n’est pas tant le mot honnête qui pose problème, c’est le mot homme. Vous n’avez jamais pris le temps de devenir des hommes. Votre QI moyen est celui d’un gosse de douze ans, et tout le reste suit : le sens moral et le respect pour autre que soi. Vous représentez la quintessence de l’enfant, obsédé par la satisfaction de ses envies et sans la plus petite notion de culpabilité. Tout individu qui a le malheur de s’interposer entre vous et le coffre à jouets, est voué à une mort immédiate. Votre cruauté aussi est celle de l’enfant qui arrache les ailes du papillon pour voir comment ça fait. Parfois, il vous arrive de pleurer, vous, les durs à cuire, comme des gosses démunis devant une décision arbitraire. Et quand vos chefs vous remercient, vous êtes gonflés d’orgueil comme de braves petits flattés par des adultes. Vous n’êtes pas, Fred, à proprement parler, ce que j’appelle un homme.

 

_ Je m’en sors bien, sourit-il, d’habitude vous me comparez plutôt à un animal. J’en suis tout ému. Un peu de salade de fruits ? »

 Val'Air

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jeudi 19 novembre 2009

Toulemonde est la France d'en bas

Odette Toulemonde. Eric-Emmanuel Schmidt. (2007)

catherinefrotodette

         Eric-Emmanuel Schmidt, deux ans après, est toujours atteint par le syndrome Raffarin et son facétieux « France d’en bas » : le bonheur chez les petites gens. Mais il est malin le Schmidt, puisqu’il situe son histoire en Belgique. Il brouille la piste, il en fait le détour, mais c’est un peu un éléphant dans une boutique de porcelaine.

     L’histoire se passe donc en Belgique. Et où en Belgique ? A Charleroi. Charleroi, la banlieusarde, la ville dormeuse. C’est le 9-3 de Bruxelles. Rien de mieux qu’une banlieue pour y déployer la vie misérable des gens heureux.
On y croise un Jésus lunaire qui marche sur l’eau, qui nettoie les pieds des habitants de l’immeuble de notre héroïne, Odette (Catherine Frot insipide qui nous joue du Catherine Frot avec ses mimiques de bonne sœur heureuse et cruche).
Les voisins d’Odette sont un couple d’échangiste. Le mari aimerait bien se taper Odette et sa femme lui demande de recoudre son string porte-bonheur.
Les collègues d’Odette se tirent dans les pattes et sont jalouses d’elle.
Le fils d’Odette est coiffeur et gay. Et sa sœur est une chieuse qui se rebelle gentiment contre la société.
Et Odette ? Odette, elle a la main sur le cœur et ne voit jamais le mal. Tout est beau avec Odette. Elle demande toujours à Jésus s’il va bien, elle conseille à une cliente des anticernes efficaces contre les cocards donnés par une porte. Magnifique dialogue où elle lui dit de changer de porte et de porter plainte contre elle, et même d’en changer ! Ah Odette ! Que ne ferait-on pas sans elle !

     Mais Odette a une botte secrète pour être si heureuse dans sa vie minable qui lui convient si bien. Odette, elle lit les livres de Balthazar Balsan (Albert Dupontel), auteur à succès de livres pour les ménagères et les femmes célibataires qui font collections de poupées et aiment les couchers de soleil sur la plage.
La vie d’Odette a changé quand elle a lu ses livres. Faut la comprendre, elle a perdu son mari, son fils est gay, sa fille est paumée, son travail ne l’épanouit pas. Bref, elle a une vie de merde. Mais avec les livres de Balsan, elle reprend goût à la vie et sourit à tout et tous ! Quand elle lit ses livres, elle lévite, si, si ! Rien que pour voir ça, il faut regarder le film ! Catherine Frot qui lévite, le nez dans un bouquin, ça vaut le coup d’œil, croyez-moi. Tout comme la voir se dandiner sur du Joséphine Baker et justifier son choix musical par un ridicule « à l’intérieur je suis noire ».

     Schmidt joue sur la différence entre la pauvre femme heureuse dans son quotidien monotone, bêbête, inculte (encore un magnifique dialogue où elle confond le prix Nobel de la paix et le prix Nobel de littérature et où elle raconte que si Mère Theresa l’a obtenu, il n’y a pas de raison que Balsan ne l’ait point) et un auteur (on pourrait croire qu’il s’agit d’une doublure de Marc Levi) dont la vie se disloque.
Tout se tient là. Balthazar devrait avoir une vie heureuse avec sa très belle femme froide, son enfant, sa belle maison et sa belle voiture, son argent, ses maîtresses. Mais voilà. Il n’est pas heureux parce qu’il a reçu une mauvaise critique de la part de l’amant de sa femme.
Ca va, vous suivez toujours ?
Vous me direz, comment les deux personnages du film peuvent donc se rencontrer, eux que tout dissocie ? Et bien c’est fort simple. Notre gentille Odette écrit une lettre pathétique de bons sentiments sous forme de déclaration d’amour à notre auteur malheureux. Et évidemment, il la lira. Et quelques jours après un suicide raté il prend la route de Paris à Charleroi pour faire une cure de bonheur auprès d’Odette. Et peut-être refaire sa vie misérable.

     S’ensuit des scènes tout aussi inconsistantes où Odette danse sur Joséphine Baker en faisant à manger (et où elle lévite, encore !), où Balsan reçoit des cours de félicité le cul dans un pyjama marsupilami.

     Alors oui on aura compris le message. Ne pas mépriser les petites gens, la France (Belgique) d’en bas, puisque de toute façon ils sont plus heureux que les autres à qui tout est censé réussir.

     Mais c’est lourd, fastidieux, les clichés se suivent et s’enfilent comme un collier de fausses perles. Aucune drôlerie. Où est donc passée la fraîcheur de Catherine Frot ? Albert Dupontel est tout aussi inefficace quoiqu’on s’habitue bien mieux à ses yeux de chiens battus, à son phrasé monocorde et ses phrases sans intérêt.
Le genre de film dont on est relativement fier d’avoir tenu jusqu’au bout.

     Une question persiste pour ma part. Suis-je donc une mauvaise personne de ne point admirer la vie d’Odette ? Serais-je alors prétentieuse ?
Sentiment dérangeant que de se faire pointer du doigt par Schmidt.
Fort heureusement, la question ne me triture pas trop les méninges et ne persistera pas bien longtemps, tout comme le film.

AnnaX.Elle

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jeudi 12 novembre 2009

A pleins poumons

Lungs. Florence + the machine. (2009)


       En voilà un de premier album qui porte bien son nom. Poumons. Au pluriel. Deux poumons pour deux CDs (Deluxe Edition). Un dans votre main droite, l'autre dans votre gauche, et vous, comme Florence, Between two lungs, à hésiter : lequel glisser en premier dans la platine ?

Moi j'hésite parmi toute cette vitalité cruelle. Tour à tour, égorgeuse d'oiseau chanteur, creveuse d'oeil jalouse, ou amoureuse rebelle, l'anglaise nous raconte ses histoires baroques et nous invite à danser la gigue, à chanter nous aussi à pleins poumons. J'ai des images en l'écoutant. Je clappe des mains et le sang gicle dans l'air comme les cheveux furie de cette rouquine incendiaire. Puis je m'apaise, je ris. C'est vrai, cette joie qu'elle nous insuffle, cette joie qu'on devrait trouver partout et nulle part, on a tendance à l'affaiblir. Pour Florence, la joie nous heurte la tête comme une balle. La musique de ses Machines vient donc tinter à nos tympans, comme un mélange de soul, de blues noir américain, ou encore comme une réminiscence nostalgique des Seventie's. Que du bonheur en somme.

De tout ceci, j'en aime la voix, claire et incisive, suave ou puissante ; j'en aime les textes, ces cynismes, ces douceurs aussi -car elle ne chante pas que la violence ; j'en aime les rythmes contrebalancés dans Blinding, un peu tribal à mon oreille, et celui "so weird" comme on dirait outre-manche de Girl with one eye, un semblant de Tim Burton en chanson. Je n'aime pas du tout les cœurs trop importants sur certaines pistes qui me donnent l'impression d'écouter du rock facile des années 90 ; mais j'aime la facilité qu'à cette artiste de mettre en joie des paroles si dures. Alors je ventile, je m'emplis la cage thoracique de ces airs à fredonner, mais je reste sur mes gardes : qui sait, si un jour elle s'attaque à mon coeur ?

Respirez par vous même :  Poumon 1  & Poumon 2.

Val'Air

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jeudi 5 novembre 2009

Monica Morceau et Sophie Bellucci

Ne te retourne pas. Marina de Van. (2009)

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      Ne te retourne pas était à Cannes, on en a beaucoup entendu parler puisque les deux femmes du film sont deux stars. Mais bien plus qu'un film de femmes connues et reconnues, c'est un bon film. De ceux qu'on oublie pas facilement une fois que la pellicule est terminée.

Il raconte l'histoire d'une femme qui, du jour au lendemain, perd toutes ses perceptions oculaires. Folie, maladie ? Film fantastique ou psychologique ? Marina de Van n'a pas su tellement choisir entre les deux. Alors oui j'ai eu peur. Public facile, je me suis souvent retournée dans mon dos pour vérifier que mes meubles n'avaient pas changé, que l'espace était toujours le même.
La femme du départ, Sophie Marceau, a un réel problème. Son mari, ses enfants, sa maison. Tout devient différent. Les visages, les couleurs, les emplacements. La peur panique monte, jusqu'à son paroxysme. Puisqu'elle-même devient une autre personne. Utilisation du morphing, peut-être un poil trop long. Ce n'était pas la peine de prendre le spectateur pour un idiot et de montrer trop de fois le visage d'une femme qui ressemble à la fois à Sophie Marceau et à Monica Bellucci. Mais soit, le travail reste bien fait et on y croit. C'est le principal.

A partir du moment où l'héroïne porte en elle les deux actrices, le film bascule dans le psychologique. Histoire de famille légèrement abracadabrantesque. Un voyage en Italie auquel on ne comprend pas au départ le pourquoi du comment. Un éventuel inceste qui sort de nul part. Une scène magnifique de fête de famille où Monica danse jusqu'à l'oubli de soi. Jusqu'à redevenir une petite fille. Jusqu'à ce que son corps se transforme, tel un alien, la peau boursouflée, la jambe qui boite.
Et le dénouement, qui nous plonge définitivement dans le réel. Au diable le fantastique et le psychologique. On comprend tout mais on reste déçu, comme un peu sur sa faim. On aurait aimé en savoir plus encore.

Mais je ne vous dirai rien pour ne pas perdre du suspense, qui reste, toutefois, assez inattendu même si que peu haletant.

AnnaX.Elle

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jeudi 29 octobre 2009

La superbe: pour ou contre ?

    La superbe. Benjamin Biolay. (2009)

En forme de Post-It.

      Première écoute. La superbe. Benjamin Biolay. L'album sort d'un chapeau de magicien. Je ne l'attendais pas mais l'évidence est là, à l'oreille, il y avait déjà ce manque des mots à venir, cet écho de la voix à avaler. Alors aussitôt, mettre en écoute. Et là, directement, aimer. C'est dingue. Ce violon, cette envolée voccale inattendue, ce piano, ce saxo jazzy en bout, ce tout. La première piste, l'éponyme, la merveilleuse, suffit à tout l'album. La suite n'est pas écoutée, retour au début, encore, encore. Première écoute bouclée. Résumé : La superbe, la superbe, la superbe... La superbe.
Deuxième écoute. Je me force à aller plus loin. Je trouve le double CD trop long, un peu prétentieux. J’ai peur de me lasser de tout cet amour qu’il narre. Il est brut, parfois neutre, obscène, tendre, ou passionnel, cet amour. Il est plein de ruptures. De douleur, de souvenirs, de ratés. Aussi hétéroclites que ce grand déballage de styles. Musicaux, j’entends et vous aussi
bientôt, peut-être ? Alors, de lassitude, un peu ; même si, parfois, la magie opère. Là dedans, il y a de vraies petites merveilles -cachées sous certaines fadeurs qui se laissent écouter, quand même, avec un peu de peine. J'en retiens quelques pistes... Que ce soit une question d’Héritage, non voulu, subi, tortueux, et chagrin, ou le spleen du Night Shop. Plus loin, il y a ces regrets déguisés, ces mal-vus et Tout ça me tourmente, fredonne-t-il mais qu’un peu, ne pas s’appesantir, et rire. Rire des fêlures, les noyer sous la pop guillerette d’Assez parlé de moi ! Pourtant, navré monsieur Biolay, mais cette demande, je la passe sous silence.
Enième écoute. Le Cd en mode shuffle. Il faut au moins cela pour en casser l’accoutumance de mes tympans. Et cela réussit. J’ai capté ce soir une autre réalité, une autre histoire, un truc vrai comme Benjamin Biolay sait raconter. Quelque chose qui ne m’aurait pas échappé si je ne sélectionnais pas mes préférences en lecture et me nourrissait chaque matin, réveil métro, MP3 aux oreilles, de paroles déjà chéries. Ce truc formidable, c’est le duo avec Jeanne Cherhal. Brandt Rhapsody, une vie en tranche façon
post-it.
Celui que je vous conseille de coller sur votre frigidaire :
« Benjamin Biolay. La superbe. Acheter. » 

Val'Air

.....

Biolay a le complexe Gainsbourg

           Je n'ai jamais tellement su si j'aimais ou détestais Benjamin Biolay. A la fois gentil génie et pur copieur. Agaçant. Oui, parce que, Benjamin Biolay a le complexe de Gainsbourg. On le sait depuis Rose Kennedy. Mais, depuis, rien a changé. Il fait chanter des actrices (mais malheureusement sans le génie du maître Serge qui nous donnait du Adjani ou Deneuve, Biolay se contente de Mastroianni), il parle de l'amour (mais sans humour, c'est toujours très sérieux et très triste, sans espoir), il fait de magnifiques duos (ce qui est notable avec Hardy et Cherhal), il a le cheveux gras, la bedaine de la bière (ce qui, entre nous, n'est pas très sexy), la clope au bec, les mots courants, familiers mais aux sonorités toutes musicales (conifères, train corail, ...), et il est amoureux de Lou Doillon. Donc, oui il a le complexe Gainsbourien. Tout en ressemblant vaguement à Nick Cave (quand celui-ci n'arborait pas sa barbe de papi).
Nous avons perdu le dandy propre sur lui, à la chevelure bien mise, aux mots percutants de douceur, à la musique de chambre pop-rock. Il me faisait alors bien plus penser à Neil Hannon. Le gendre idéal qui est maintenant devenu une caricature de lui-même en bad-boy infréquentable mais surdoué. Soit.
La Superbe n'a rien d'une superbe pour moi. Certes il y a toujours ces envolées lyriques de symphonie ou la mise en place parfaite du saxophone façon Amérique Noire des années 80 (mais là encore Gainsbourg l'avait déjà fait), il a toujours ces jolis mots (quoique cela commence à s'épuiser dans le répertoire), cette voix doucereuse qui prend la tête tout en l'apaisant...
Alors quoi ? Le design de l'album ne ressemble à rien, tout comme déjà Trash yéyé. La lourdeur de 23 chansons pèse sur mon moral, les duos ne mettent pas en valeur les invités, les thèmes se répètent tout comme la musique.
Bref, c'est du déjà vu, de la conserve enrobée d'un beau ruban pour faire passer le tout. Mais rien de transcendant. Si ce n'est, Brandt Rhapsody qui surpasse le reste de l'album dans sa qualité et son audace, on peut remercier Jeanne.
Mais ma foi, je resterai A l'origine...


    AnnaX.Elle

   

    Pour les petits porte-monnaies, en toute légalité à écouter, c'est par ici, ou à visionner, par là.


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DRAGIBUS

La chic musique, colorée et sucrée, noire ou barbare, jaune mais pas monotone, rose pour la prose, avez-vous saisi le contexte ?

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jeudi 22 octobre 2009

Achtung !

Wolfenstein.

Plateforme : PC
Développeur : Raven software
Editeur : Activision
Sortie le : 15/09/09

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Voilà quelque temps que l'on n'avait plus entendu parler de Lui.
Vous vous demandez sans doute de qui je parle pour mettre une majuscule. Lui c'est l'ancêtre, le papi.
Un peu celui par qui tout a commencé. Du temps où les Jeux Vidéos étaient considérés comme un passe-temps majoritairement destiné aux boutonneux, il fut l'un des premiers à faire parler de lui. Surtout par la polémique qu'il a engendrée.

Je m'explique : en 1992 sortait l'un des tous premiers jeux en 3D : Wolfenstein 3D (le bien nommé). Il y était tout simplement question de « buter » du nazi et autres créatures mystiques. Chose exceptionnelle, le jeu fut accusé de faire l'apologie du nazisme du fait des nombreuses croix gammées et autres symboles présents tout au long des niveaux...
Allez comprendre.

Une suite, ayant connu un succès plutôt franc, est sortie en 2001 ; elle permettait (avec bonheur) de laminer une bonne partie de l'effectif du IIIe Reich, où l'on retrouvait un scénario assez riche, des boss, des trésors... Le tout dans une ambiance proche du premier épisode ou d'un Indiana Jones.

Alors nous voilà de retour dans les bottes de l'agent B.J. Blazkowitz et ce pour notre plus grand plaisir.

Quoi de neuf ? Pas grand-chose, un moteur graphique et physique accusant l'âge, la faute à une politique maison voulant qu'un moteur graphique se réutilise (Doom, Quake et consorts en ont fait les frais). On reste cependant dans quelque chose de supportable. Pour l'ambiance, moins de « flippe », plus de « fric ». En effet l'argent récolté dans cet opus tout au long des niveaux va vous permettre d'acheter des améliorations pour vos armes. Un petit vent de fraîcheur qui sera le bienvenu et qui permet de varier l'expérience de jeu à loisir même si l'idée aurait mérité d'être plus exploitée. Que les puristes se rassurent : Tesla, le canon désintégrateur, le mp40 et autres joyeusetés sont toujours là.

Bref, ne boudons pas notre plaisir, c'est toujours aussi jouissif de désintégrer les nazis. D'ailleurs côté bestiaire ça bouge aussi : du nazi, du super-nazi, du commandant nazi, du scientifique (nazi, cela va de soi)... Et du démon bien sûr ! Normal, sauf que cet aspect ésotérique si cher à l'univers du « Château des loups » est abordé d'une toute nouvelle manière. Ce qui m'amène à évoquer le « Voile »,  une dimension parallèle alimentant les recherches des nazis de tout poil, auquel s’ajoute la petite dose de Über-pouvoir par le biais de cristaux nous permettant d'utiliser le Voile...

Oui je sais ça à l'air dur à comprendre comme ça mais en fait non.

Au registre des petits détails, il y a les journaux de renseignements dispersés qui ajoutent au background, et par le biais desquels ont obtient des informations sur l'ennemi. D'ailleurs, face à l'ennemi, fini la solitude, des factions donnent les missions,  - soit dit en passant c'est peut-être l'un des aspects les moins folichons du jeu parce que se taper des allers-retours dans la ville devient vite barbant -. Une petite ville de Bavière qui accueille toute l'action du jeu, lui accordant une fausse idée de liberté et un beau parcours fléché.

J'ai l'air méchant comme ça mais à vouloir être sur tous les fronts, les développeurs en ont presque oublié la principale mécanique ludique de la franchise : la simplicité.

Mais je vous laisserai juger par vous même car s'il ne parvient pas à me faire oublier la précédente mouture, ce Wolfenstein par bien des côtés est une petite réussite faisant le bruit d'un pétard mouillé et c'est bien dommage.

EzeR

Posté par Bonbonniere à 17:13 - - Commentaires [1]
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